Les prestations de ce dispositif entendent répondre aux utilisateurs désireux de vivre ailleurs qu’en institution du fait de leur difficulté à accepter la promiscuité et les contraintes imposées par la vie communautaire. Il s’avère que ce dispositif est une contribution efficace à la résolution des problèmes rencontrés par les utilisateurs.

  • L’accès aux prestations spécialisées est facilité par les professionnels de l’équipe mobile d’accompagnement psychosocial. Ces derniers prennent en compte la santé de l’utilisateur de manière holistique et non plus «fragmentée» par le biais de leur travail d’équipe, conjoint à celui qu’ils mènent avec les différents membres du réseau.
  • La création et le maintien des liens: dès les premiers échanges, une fois l’utilisateur admis au sein de l’institution ou du dispositif d’accompagnement psychosocial de proximité, l’équipe lui laisse un long temps d’adaptation et d’apprivoisement. Elle accueille, contextualise et s’interroge sur les besoins explicites ou implicites de l’utilisateur. Elle accepte ses comportements problématiques et que l’utilisateur fasse son «job de patient» en testant à la fois collaborateurs et cadre institutionnels; elle relève les capacités et ressources présentes dans les neuf sphères de vie (1).
  • L’accès à un chez soi est facilité grâce aux partenariats et collaborations progressivement mis en place avec plusieurs gérances. Lors de l’obtention d’un appartement, celui-ci est proposé aux personnes inscrites sur notre liste d’attente, ainsi qu’à l’ensemble des utilisateurs habitant au sein de l’institution. Les personnes communiquent leur intérêt à la commission d’attribution qui sélectionne un dossier en fonction de plusieurs critères spécifiques, tels que la vulnérabilité, la stabilité résidentielle, la situation géographique, l’état d’esprit au sein de l’immeuble, etc. Dans l’idéal, la personne est preneuse du bail; dans le cas contraire, souvent à la demande de la gérance, Le Rôtillon s’en porte garant. Nous sommes par ailleurs attentifs à établir rapidement des contacts avec le voisinage, afin de tisser des liens de confiance.

Le passage par un séjour en institution n’est pas un prérequis pour l’accès au logement individuel : celui-ci s’inscrit en effet dans un programme proposant une itinérance par le biais de plusieurs alternatives : ainsi, un utilisateur peut accéder directement de la rue à un logement, intégrer transitoirement l’institution, repartir vers un hébergement précaire (rue, hôtel, camping, etc.) et intégrer un autre appartement du programme. Cette approche permet de mieux maîtriser les coûts tout en soutenant le cheminement de rétablissement de l’utilisateur, sans qu’il ne faille à chaque fois recommencer les démarches administratives depuis le début.

A ce jour, une trentaine de personnes bénéficient de ce programme d’accompagnement. Depuis 2012, seules trois situations se sont soldées par une péjoration. Dans l’ensemble, le succès de cette approche repose sur une diminution notoire des conduites à risque, car elle favorise une meilleure adhésion à la prise en soin, renforce la capacité à « s’habiter » en tant qu’être et à habiter, tant la relation à l’autre que son chez soi et la société.

Ce succès nous confirme que, pour la plupart de ces personnes, l’accès au logement représente le point de départ du processus de rétablissement et non plus son point d’arrivée comme le décrivent certains modèles, tels que celui du continuum of care. Condition corollaire essentielle et indispensable au succès de cette démarche : le travail d’équipe de collaborateurs formés, motivés, soutenus par leurs pairs et la direction.

Le rétablissement se construit dans la relation. Le logement sans soins ni relations est une coquille de solitude. Seuls la relation et l’engagement des professionnels sont à même d’apporter la sécurité, la reconnaissance, l’espoir et la confiance nécessaires pour qu’un utilisateur entreprenne le cheminement délicat, heurté, non linéaire du rétablissement et tende vers la résilience (2).

(1) « Le Rétablissement est une expérience globale de santé, une approche holistique qui implique de considérer les différentes sphères de vie d’une personne pour mieux l’accompagner dans son processus de rétablissement en s’appuyant sur les forces et les ressources qu’elle déploie dans l’une ou l’autre de ces sphères, qui sont : vie quotidienne, finances, travail, éducation, réseau social, santé, loisirs, sexualité, spiritualité. » D’après Les 9 sphères de vie, Association québécoise pour la réadaptation psychosociale, Cahier du participant, point 2.2.4.2.

(2) Un article complet sur ce thème est paru dans la revue Reiso en octobre 2017 : «Housing first» made in Lausanne, https://www.reiso.org/document/3540.